Poterie
Poterie

Présentation

Le secteur de la poterie représente l'activité artisanale la plus importante et constitue un patrimoine culturel et touristique de la ville de Safi. La poterie se localise principalement dans deux quartiers de la cité (la Colline des potiers et la vallée Chaâba) et dans un village proche de la ville de Safi (le village de Sidi Abderrahmane). La matière première est essentiellement constituée d'argile, d'eau, de substances chimiques et de bois. Ce dernier provient surtout du genêt qui se trouve en abondance dans la province.

Poterie

Sous l’effet du progrès technologique, l’activité commence à se moderniser par l’introduction des fours à gaz et électriques et du matériel moderne dans le processus de fabrication, ce qui permet de produire des articles de qualité meilleure.

Dans ce contexte des usines modernes ont été créées dans des endroits différents de la ville.

Historique

La poterie est le lien intime entre l’homme et la terre, ses origines plongent profondément dans l’histoire lointaine de l’homme. D’un mouvement magique de sa main, le potier raconte la genèse de sa création en faisant surgir une forme achevée de la même matière dont le créateur fit naître l’Homme. On retrouve des traces de cette activité plusieurs fois millénaire dans toutes les civilisations. Les plus anciennes poteries ont été découvertes en Égypte ancienne entre 10000 et 6000 avant Jésus Christ.

Les perses, les chinois, les chaldéens, les assyriens, les romains, les grecs, et les arabes utilisèrent la céramique pour architecture et décor interne. La civilisation islamique a produit ensuite une céramique très raffinée qui a vite évolué dans tous les pays musulmans. Inspirée de l’art iranien et chinois, la poterie islamique devient un art unique profondément original.

Au Maroc, la poterie est surtout une tradition locale dés l’antiquité, à part les faïences d’origine andalouse et persane. Tout en se rattachant historiquement à l’art musulman, la céramique marocaine était toujours une création spécifique. Intimement lié à son milieu de naissance, l’art de la poterie au Maroc varie donc selon ses centres de production : Fès, Salé, Marrakech, Safi...

Boujemaâ Lamali : l’homme qui a brodé les secrets de la terre

Dans un village de Haute Kabyle en Algérie, notre artiste naquit vers 1890. Son père fort attaché à la terre, l’orientait vers l’agriculture, tradition familiale par excellence.

A la différence de ses frères, Boujemaâ avait un penchant vert l’art et exprimait son désir pour s’instruire. Le père l’encouragea en l’envoyant chez un oncle qui l’inscrivit dans une école dans la banlieue algéroise. Le jeune élève nourrissait un autre rêve, celui de devenir un potier.

A la sortie de l’école et quand il quittait ses amis, il se dirigea vers l’atelier du célèbre maître céramiste français Soupireau. Il demeura dix ans dans son atelier d’abord comme apprenti et ensuite comme chef d’atelier.

A l’école des beaux arts d’Alger où Soupireau enseignait l’art, Boujemaâ Lamali poursuivit sa formation, il fut recommandé au directeur de la Manifacture nationale de Sèvres et c’est ainsi qu’il y partit en mission. Son itinéraire se poursuivit avec un voyage d’étude en Espagne.

Au Maroc un responsable au service des beaux arts créa un atelier de céramique à Rabat. En 1918, de passage à Paris il demanda conseil à la direction de la Manifacture Nationale de Sèvres qui lui présenta un céramiste talentueux qu’on nommait Boujemaâ Lamali.

Après la première guerre mondiale Lamali s’installa à Fès pour prendre en charge la formation de jeunes potiers Fassis. Amoureux de Safi, il s’y installa dés 1918, la région promettait un avenir sûr à l’évolution de l’art du feu qui connaîtra un tournant avec l’arrivée du grand maître.

C’est à Safi donc que commença son aventure marocaine. Il y anima avec compétence le premier atelier pilote en matière de poterie au Maroc, créé selon les instructions du Maréchal Lyautey. Un atelier qui s’est transformé par la suite en une école de céramique où Lamali soufflait les secrets de la terre à une nouvelle génération, lauréate de l’école Lamali.

La colline des potiers : histoire d’une ville

Colline_Potiers

Par un dédale de chemins escarpés et sinueux serpente une rue donnant accès à une colline couverte de lumière où les potiers, depuis longtemps, se sont installés dans une fourmilière d’ateliers et de fours.

C’est là que la tradition de leur activité et le secret de l’art de la terre se transmet encore de génération en génération donnant à Safi son titre de capitale mondiale de la poterie.

Au fond de la colline des potiers passait et passe encore un petit cours d’eau qu’on nommait «Oued Chaâba » qui laisse sur ses rives des couches d’argile inépuisables.

Le choix de cette colline, noyau original de la ville, a été probablement motivé par son emplacement favorable : exposition aux rayons de soleil durant presque toute la journée.

Four_Poterie

Des pêcheurs venant d’autres régions se sont installés sur les rives de « Oued Chaâba ». Durant la morte saison ou pendant leurs sorties de la mer, ces pêcheurs s’occupaient à modeler l’argile pour leurs usages domestiques.

Ces pêcheurs potiers utilisaient des techniques pareilles à celles qu’emploient encore aujourd’hui les potiers ruraux des douars proches de Safi.

La colline des potiers est classée depuis 1924 monument historique et patrimoine culturel de la ville de Safi.

Fabrication des poteries

Les fabriques de poterie sont toutes groupées dans le quartier de Bâb Chaâba. En ce qui concerne la technique, la fabrication des poteries safiotes comporte cinq stades successifs :

1. L'argile brute, imprégnée d'eau, est d'abord travaillée par les tourneurs.

Argile

2. On la laisse sécher avant d'appliquer un engobe à base de kaolin d'origine française qui donne à la poterie un aspect blanc. On laisse de nouveau sécher et l'on procède à une première cuisson; le refroidissement prend deux jours.

Fabrication1 Fabrication2
Fabrication3

3. Vient ensuite la décoration au pinceau : chaque artisan a ses motifs propres, des dessins à base de courbes, ni linéaires ni florales, qui offrent une symétrie classique.

4. L'émaillage, qui donne à la poterie sa couleur et son éclat, est spectaculaire : d'énormes bassins alignés dans une cour contiennent un liquide d'un brun plus ou moins foncé que l'on appelle "jus de figue" et qui donnera suivant le dosage différentes couleurs.

5. Le dernier stade consiste en une deuxième cuisson qui fixe l'émail et la couleur. La poterie safiote est polychrome. Pour leur faïence, les potiers de Safi utilisent des émaux aux coloris éclatants, à base d'oxyde d'antimoine brun mordoré qui fait scintiller les objets de reflets métalliques.

Les potiers de Safi, produisent également des tuiles vernissées sur les trois-quarts de leur longueur. Ces tuiles sont cuites dans un four sur lequel on place un moule cylindrique. En coupant la poterie ainsi obtenue en deux, on obtient deux tuiles. Les tuiles ocres et brunes sont également produites en abondance.